La Bouvine
Bibliographie
La race camarguaise
Les arènes
La course à la cocarde
Le taureau à la corde
L'abrivado

Outre les raisons historiques qui lient les destins des territoires sis dans le delta du Rhône actuel et tout autour de ses anciens bras, l'unité culturelle des hommes qui l'ont habité depuis des temps antérieurs à l'occupation romaine et grecque semble vouloir se cristalliser autour d'un " culte " du taureau. Ici, cette passion à la fois pour les jeux taurins et pour les animaux qui en sont les protagonistes se résume en un seul mot " la fé " (la foi). " La fé " ne s'explique pas, elle se vit, oscillant entre passion sportive et fascination pour le taureau vécu comme une réelle incarnation d'un sacré sauvage. " La fé " s'affirme ici comme le paganisme avoué d'une population pourtant très attachée aux traditions chrétiennes. " La fé " unit et avec elle, le taureau s'impose comme un véritable marqueur identitaire pour la Camargue et la Petite Camargue.

Le culte du taureau est extrêmement ancien chez les populations indo-européennes et bien des historiens et archéologues ont considéré la Camargue comme un des derniers bastion d'un culte préhistorique. Le pourtour méditerranéen de l'Egypte aux côtes espagnoles en passant par l'antique Asie Mineure, la Grèce et la Crète, a connu assez tardivement un culte taurin dont les manifestations ne sont pas sans rappeler des jeux connus dans notre delta. L'archéologie vient, au gré de ses découvertes, confirmer l'existence d'un culte au taureau dans nos régions. Les autels tauroboliques ne manquent pas et d'aucuns parlent de culte à Mithra, divinité babylonienne, introduit par les légionnaires romains installés en Provence et Languedoc, qui aurait survécu jusqu'au 4ème siècle de notre ère en parallèle avec le christianisme naissant. D'autres invoquent l'héritage d'un culte à Apis, le taureau dieu des Egyptiens introduit chez nous par les Phéniciens tout comme le fut très probablement celui de la déesse noire Isis.

La course libre est le jeu taurin le plus pratiqué chez nous, celui qui fait palpiter le hommes et rêver les jeunes garçons, celui qui anime nos villages et leur rend cet air de fête et de constante gaieté, tant prisée des vacanciers. Les jeux taurins de Camargue ne doivent pas être confondus avec la tauromachie espagnole pour de multiples raisons dont la principale est qu'il n'y a pas de mise à mort du taureau. Il s'agit de deux univers différents qui se rencontrent cependant dans les passions partagées et la même défense du spectacle des traditions taurines . Les jeux taurins sont des jeux d'adresse et d'intelligence auxquels les taureaux, à force de participer, se prennent aussi et semblent véritablement jouer avec l'homme. La force, l'énergie, la virilité, la beauté des gestes et les démonstrations de ruse sont les seules offrandes de nos arènes. Le sang y est une souillure indésirable puisque le taureau blessé par mégarde ou accident est évacué. Jadis, les courses de taureau n'étaient pas organisées comme aujourd'hui . Il n'y avait pas de règles particulières, pas de professionnalisme sauf chez le " manadier ", propriétaire du cheptel dont le métier était l'élevage. Pas d'arènes bâties non plus sauf dans les grandes villes comme Nîmes ou Arles où l'on réutilise les arènes antiques. Pas de " raseteurs " formés à ce sport qu'est la course. Les travailleurs saisonniers et des garçons pris aux jeunesses des villages se livraient à ce genre d'exercice. Certains jeux étaient et demeurent réservés aux " gardians " qui, comme tous les gardiens de bêtes du monde, pratiquent des jeux d'adresse avec leurs bêtes. Ce n'est qu'au début du 20ème siècle que le spectacle de la course taurine commença à se codifier et qu'on sélectionna les bêtes en vue du sport.

 

La " bouvino " réunit en un terme les taureaux de Camargue, les spectacles dont ils sont les acteurs, mais aussi tout un monde fait de "manadiers ", propriétaires de mas et de " pays ", (territoire de dépaissance), possédant des " manades ", (troupeaux), entourés de sa famille élargie, de ses "gardians " et " bayle gardians ", (gardes bêtes et leur chefs), les employés et " les amis de la marque ". Les " amis de la marque " sont des fidèles de la manade, la " marque " étant le blason et les couleurs de la manade qui demeurent même si la propriété change de maître. Les " amis de la marque " sont souvent des gardians amateurs dévoués à une manade particulière, un mas, un " pays ". Il s'agissait jusqu'à récemment de notables ou fils de notables de village ou des exploitants agricoles rentiers, reconnus pour la qualité de leur monte et qui prêtaient main forte aux gardians employés. Citons pour la Petite Camargue quelques manades prestigieuses passées et actuelles: Baroncelli-Aubanel, Combet-Granon, Raynaud, Grand-Guillerme, Blatière, De Montaud-Manse, Lafont… Les " gens de bouvine " désigne parfois aussi par extension tous les villageois amateurs du spectacle taurin, habitants proche de " pays " qui viennent assister aux ferrades ou passer une journée champêtre auprès des troupeaux, assidus aux près comme aux arènes et qu'on désigne aujourd'hui sous le nom " d'aficionados ".
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La race camarguaise
La race bovine camarguaise se reconnaît à sa robe noire, ses cornes en forme de lyre, la finesse de ses lignes et surtout sa vivacité et son agilité.

Le Marquis de Baroncelli, fondateur de la " Nacioun Gardiano " en 1904, réhabilite la race camarguaise en refusant de croiser ses bêtes avec du sang espagnol. Oeuvrant par ses actes et ses écrits à la reconnaissance de la culture camarguaise et des métiers de la " bouvino ", le Marquis fait du " pur taureau de Camargue " un symbole identitaire de la Camargue et Petite Camargue.

Le taureau camarguais incarne la "Nacioun " camarguaise. Les taureaux cocardiers, ceux qui font une carrière de course à la cocarde, reçoivent un nom et sont l'objet d'attentions particulières jusqu'à être enterrés dignement sous une stèle.

Tombe du taureau "Lou Senglié" au Cailar
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Les arènes
Autrefois, il n'y avait pas d'arènes dans tous les villages de tradition taurine comme c'est la cas aujourd'hui. Pour la fête votive, on entourait de charrettes la place du village. Ces arènes de fortune rassemblaient comme aujourd'hui tous les âges, sexes et catégories sociales. Les arènes sont encore un espace de communion pour tout un village autour d'un même " culte ". Elles demeurent, dans les petites communes un lieu de grande sociabilité où l'on se reconnaît dans la grande famille de la bouvine.
Une course en 1930
Jeu du "taureau à la corde"
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Si les hommes investissent un temps l'espace sauvage du taureau, celui-ci est fréquemment invité à en faire de même au cours des traditionnelles "arrivées à pied " ou " abrivado " et des sorties du " taureau à la corde ". Jadis, la tradition du " taureau à la corde " se faisait l'hiver. Aujourd'hui cette coutume paraît lors des fêtes votives. Son usage s'amenuise cependant pour des raisons liées à la sécurité publique et routière. " Le taureau à la corde " est acheté par la commune ou la jeunesse du village après une quête auprès des habitants. Autour des cornes de l'animal, on attache une corde assez longue pour le diriger. Le jeu consiste à lâcher le taureau dans les rues et à le poursuivre ou se laisser poursuivre.
Au début du printemps autrefois, à la fin de la fête de nos jours on abat ce taureau dont la chair sera consommée par toute la communauté villageoise lors d'un grand repas, ou bien la jeunesse vend sa chair sur la place du village. A l'inverse du " taureau à la corde ", le cocardier n'est jamais consommé. Longtemps, l'Eglise et les autorités royales puis républicaines ont farouchement combattu et réprouvé la coutume du " taureau à la corde ", la jugeant dangereuse et cause de troubles publics.
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Abrivado
L'arrivée " à pied " ou " abrivado " est le moment où les gardians amènent au village les taureaux de la course qui aura lieu dans l'après-midi. Le convoi des cocardiers était et demeure escorté par les gardians de la manade et " les amis de la marque ". Le matin de la course a lieu un déjeuner aux près où la population vient à la manade assister à la " triée ", travail des gardians qui consiste à isoler les cocardiers du reste du troupeau. De nos jours, les bêtes sont embarquées dans des camions et les gens suivent en voiture, mais autrefois, les taureaux cheminaient " à pied " jusqu'aux villages, encadrés par les cavaliers et suivis par une escorte bruyante d'amateurs qui couraient le long des routes. A l'entrée du village d'autres attendaient et tentaient de faire échapper les taureaux.
Les gardians devaient parvenir jusqu'aux arènes où les bêtes étaient enfermées, sans qu'une seule ne s'égare. De nos jours, les camions laissent les taureaux dans les champs ou les vignes proches du village puis ils sont escortés dans les murs par les gardians. La fréquentation des routes ne permet plus les très longues escortes d'antan mais la foule est toujours aussi présente dans les chemins communaux et les rues des villages pour accueillir ses vedettes et tenter de les disperser.
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La course à la cocarde
Dans la course à la cocarde, le jeu consiste à arracher un ensemble de ficelles attachées aux cornes du taureau et sur lesquelles sont placées des primes qui augmentent durant la course et des difficultés présentées par le taureau qui semble les défendre habilement.
" Les attributs " désignent cet ensemble de cordelettes. On y distingue les " ficelles " à proprement parler qui entourent la base de chaque corne, les glands, deux pompons attachés aux "ficelles", "la cocarde", lien entre les cornes muni d'un pompon rouge,"le frontal" liant les cornes à l'arrière. Chaque attribut est primé séparément. Les diverse "passes " effectuées par le "raseteur " pour arracher un attribut s'appellent des "rasets". Les raseteurs sont, pour cela, munis de "crochets", sortes de peigne métalliques.
Dans l'arène, les " raseteurs " sont environ une douzaine. Leur nombre a varié au cours des ans et animé des discussions houleuses au sein de la Fédération de la course camarguaise. Les " tourneurs " sont des " raseteurs " plus âgés dont le rôle consiste à placer le taureau, par des gestes et des appels, de façon à faciliter le "raset ".